Aventure écriture #10 : de problème en problèmes

écrivain Arthur Constance, portrait

Aventure écriture #10 : de problème en problèmes

La nuit fut courte. Alors que la lune se promenait tranquillement dans un ciel dépourvu de nuages, une douleur, vieille connaissance que j’aurais souhaité ne jamais rencontrer à nouveau, me tira du sommeil. Depuis plusieurs jours, je ne pratiquais plus les exercices de kiné, et, fatidique sanction, le mal de dos me réveilla au beau milieu de la nuit.
Autour de moi, sur le parking endormi, des vans isolés. Les conducteurs avaient soigneusement veillé à laisser le plus d’espace possible entre nos véhicules, un peu comme au cinéma ou dans une salle d’attente, quand on laisse un siège libre à côté de son voisin.
J’étirai mon dos tendu accompagné par le chant des grillons. Il était quatre heures du matin, je compris que je ne me rendormirai pas. La journée allait être longue.

Sommaire

Bonjour tristesse

Au petit matin pâteux, j’allais pataud piteux mal réveillé vers le marché du jour : Leucate plage. Sur place, les commerçants se comptaient sur les doigts d’une main : un maraîcher, un vendeur de charcuterie et de fromage et un traiteur.
C’est mauvais signe, me dis-je, si personne ne vient, c’est que personne ne vend. Je vais repartir bredouille…
Eh bien non !
Le mercredi 6 juillet 2022, sur le marché de Leucate plage, j’ai vendu cinq livres.
J’entrevoyais enfin la possibilité d’une fin réjouissante. Si tous les jours je vendais cinq recueils de nouvelles, alors en deux mois j’aurais vendu près de 300 livres ! Mon objectif serait largement dépassé.

Ragaillardi par cette réussite, je décidai de me reprendre en main, et je m’inscrivis dans une salle de sport.
Oui, une salle de sport.
Pour les exercices de Kiné ? me direz-vous.
Certes, mais aussi à cause de mon shampoing. Oui, mon shampoing, vous avez bien lu, ce n’est pas une erreur, car si mon savon naturel était parfait pour me laver dehors parce que non polluant, ce n’était pas le cas de mon shampoing. Alors, pour profiter d’une vraie douche, travailler mes exercices de kiné dans de bonnes conditions, mais aussi me rafraîchir sous la climatisation, et trouver une occupation pendant les longs après-midi d’été, je me suis inscrit dans une salle de musculation.

Le soir venu, je me couchai propre et fatigué, accompagné par l’espoir quasi palpable de gagner mon pari, et la crainte que cette première réussite de l’été ne soit qu’un mirage, une nouvelle image sur l’horizon d’un désert dans lequel je m’enlisais depuis le 15 septembre 2019.

Transformer l'essai

La nuit ne fut pas bonne. Malgré le sport et les exercices de la veille, la lombalgie s’est accrochée à mon dos comme une moule à son rocher (ou un bébé Koala à sa maman, mais au bord de la mer, la première comparaison me semble plus appropriée). Et après ce réveil difficile, je me dirigeai vers le marché de La Franqui, d’où j’étais rentré avec une seule vente deux jours plus tôt ; j’appréhendais.

J’avais tort.
J’ai vendu cinq livres.
Le lendemain, sur le marché de Leucate plage, j’en ai vendu sept, et autant le jour suivant, à Leucate village.
Il se passait quelque chose, j’étais en train de sortir du désert, le mur lézardé de toute part qui me bloquait depuis des années s’écroulait. Je gagnais mon pari, oui, je vivais de ma plume. Une énergie nouvelle m’anima. J’améliorai mon stand, achetai un parasol, distribuai des marque-pages sur la plage, apostrophai les passants :
— Bonjour, c’est un recueil de nouvelles, vous connaissez ?
— Ah non, je ne connais pas, désolé.
— C’est normal, je ne suis pas connu, mais je peux vous le présenter si vous voulez.
Trop tard, la personne était déjà loin. Mais qu’importe, je recommençai, proposai des marque-pages, parfois des curieux s’arrêtaient, posaient des questions, parfois intéressés, parfois étonnés « Ah, mais vous n’êtes pas un témoin de Jéhovah ! ».
Depuis mon premier marché, cette image me collait à la peau et je ne comprenais pas d’où elle venait ni comment m’en débarrasser…
Mais tant pis, je vendais des livres malgré ce problème. Le samedi 16 juillet, j’établis le record du mois en vendant 13 livres sur le marché de Leucate.

Kevin Mayer bat le record du monde
Photo : Eric Salard

Alors, un nouveau problème apparu, un bon problème : à ce rythme-là, je n’aurai pas assez de stock pour l’été.
Je devais donc commander de nouveaux livres à l’imprimerie.
Sauf que mes fichiers n’étaient pas bons. Vous vous souvenez ? la couverture trop bleue, trop pas comme je voulais, la catastrophique catastrophe…

Déterminé à vendre un livre illustré par une couverture dont je sois fier, je fonçais à la médiathèque de Leucate après les marchés, et travaillais sur les teintes et la résolution de la couverture. Mon ordinateur, un peu vieux, un peu lent, un peu facétieux, plantait, ramait, faisait durer le plaisir. Je vous passe les détails, mais le 20 juillet, je pus (enfin) commander trois cents recueils de nouvelles.
Il m’en restait une soixantaine.
Si, comme lors de ma première commande, je recevais les livres un mois plus tard, j’allais rater la moitié de la saison…

Je vous l’avais dit, rien ne s’est passé comme prévu.
Et encore, je ne vous ai pas tout raconté !

À bientôt pour la suite 😉

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