Nous nous étions quittés sur un échec relatif, une saison médiocre qui trahissait les espoirs du printemps.
Tant pis !
De toute façon, l’objectif principal de l’année 2024 n’était pas financier (c’était celui de 2023, et je l’avais déjà raté). Cette année, mon objectif était de terminer l’écriture du roman pour pouvoir le proposer lors de la saison 2025.
J’étais sur le point de réussir !
Sommaire
La fin ...
Le 4 octobre 2024, à 16h52, je posai le point final du manuscrit.
Ça y est, j’avais fini, j’étais en haut de la montagne, à la fin d’un marathon dont j’avais parcouru les premiers mètres au mois de novembre 2020. Les derniers kilomètres n’avaient pas été les plus faciles, mais au mois de septembre, quand j’avais repris la course et que rien ne me séparait de la ligne d’arrivée, je m’étais laissé emporter par l’élan.
Alors, ce 4 octobre 2024, face à mon ordinateur et curieux de voir à quoi tout ce travail ressemblait, j’ai assemblé tous les chapitres, je les ai rapidement mis en page, et j’ai appuyé sur imprimer.
Après de longues minutes, j’avais, là, pour la première fois, devant moi, palpable, plus de 100 000 mots, étalés sur près de 200 pages, un labyrinthe de lettres noires sur du papier blanc, de loin, on aurait pu croire à de l’art contemporain.
Évidemment, je n’avais pas terminé le roman, beaucoup de travail m’attendait et j’en avais conscience.
Mais quand même, quel plaisir ce fut de pouvoir tenir toutes ces pages entre mes mains !
... c'est le début
Alors, bien sûr, une fois ce premier moment de satisfaction dissipé, je repris le travail.
Pendant les quatre ans d’écriture, j’avais noté des idées, d’abord sur des Post-it, puis, quand je finis par me noyer sous les avalanches de papier jaune, sur un grand paperboard confectionné par mes soins. Je devais maintenant trier toutes ces notes, séparer les mauvaises idées des bonnes, et leur trouver une place dans les chapitres. Pour cela, j’utilisai un gros cahier, segmenté en chapitres et dans lequel je notais les ajouts, puis je les rédigeais à la main sur les feuillets imprimés.
(ne regardez pas les fautes d’orthographe)
J’ai répété cette opération deux fois (j’avais trois pages de paperboard remplies). Pour éviter d’écrire « rouge » au chapitre 2 et « bleu » au chapitre 32, j’ai repris toute la trame narrative dans un document Excel. Cela m’a permis de repérer des oublis, des questions laissées en suspens, bref, de repérer et corriger les erreurs de narration.
Tout ce travail dura trois mois.
Au début du mois de janvier, j’entamai une nouvelle phase de relecture. À nouveau, j’imprimai la totalité du roman puis modifiai les feuillets à la main. Je trouve que lire sur du papier et apporter les modifications directement sur les feuilles est plus efficace. Je ne saurai pas expliquer comment ni pourquoi, mais j’ai l’impression d’être plus attentif, plus présent lorsque je lis un texte sur un support physique. Les mots viennent différemment quand j’écris à la main, comme si le geste appelait des phrases que le clavier ne saurait invoquer. Ce phénomène relève du ressenti, et je n’ai pas encore bien réussi à le cerner, mais il explique ma préférence, à certaines étapes de l’écriture, pour le travail à la main.
Vive la souveraineté
Être écrivain indépendant, ce n’est pas juste se contenter d’écrire des livres. C’est aussi gérer une entreprise. Certains parmi vous, chers lecteurs, ont beaucoup de mal avec cette dimension, et je sais que mon intérêt pour la communication commerciale, la vente, bref tout ce qui touche de près ou de loin l’aspect commercial, rebute les plus allergiques à l’entrepreneuriat.
Faites avec.
Peut-être que des antihistaminiques seront efficaces ?
Je ne sais pas, je ne suis pas médecin.
Dans tous les cas, quand on est indépendant et que l’on souhaite vivre de sa plume, il faut vendre ses livres. Et pour vendre ses livres, il faut s’intéresser aux techniques de vente, de communication, tenir une comptabilité, comprendre (un minimum) la fiscalité.
Ou alors, il faut demander des subventions, ne plus vivre de son travail, mais de l’argent public.
Ou bien choisir un protecteur puissant, prendre un patron…
Non merci !
Je ne veux ni Dieux ni maître.
Et encore moins devenir un artiste d’État.
Cette petite mise au point est terminée.
Reprenons.
Être écrivain indépendant, c’est donc, aussi, diriger une entreprise. Et diriger une entreprise, ça s’apprend.
Sur le tas, à la dure.
Mon objectif de publication était le début du mois de juin. Juste avant la saison, c’était parfait : je pouvais commencer à prendre la température avant les deux mois d’été, peaufiner les arguments de vente, avoir les premiers retours des lecteurs et me servir de ces témoignages pour décrire l’expérience de lecture.
Pour atteindre cet objectif, j’avais donc établi un rétroplanning.
Février : Bêta-lecture
Mars : correction
Avril : dernières corrections / couverture / début de communication : la publication est imminente.
Mai : commande du stock
Juin : début des ventes
Février : la Bêta-lecture fait vriller
À la fin du mois de janvier, j’ai contacté Cyril Destoky, le bêta-lecteur que j’avais choisi.
Il n’avait de la place qu’à partir du mois d’avril !
Là, je me suis vraiment senti très bête. Comment avais-je pu ne pas penser à ça… C’est quand même incroyable de passer son temps à faire des prévisions sans être capable d’anticiper ce genre de situation. En plus, j’avais commis la même erreur avec le recueil de nouvelles ! Je n’avais pas d’excuse, c’était entièrement ma faute…
Le planning allait être difficilement tenable. La saison était ratée avant même d’avoir commencé…
Mais j’ai eu de la chance, une place s’est libérée pour le premier mars.
Un mois de retard, c’était jouable.
Je mis à profit le mois de février pour retravailler le texte et le corriger avec un logiciel spécialisé. Tous les jours, je restai assis devant mon écran d’ordinateur, à vérifier un accord, une concordance des temps ou je ne sais quelle subtilité grammaticale dont la langue française regorge. Ne sortant que pour faire mes courses ou un peu de sport, j’achevai cette phase de correction avec une indigestion, pour ne pas dire une overdose, de grammaire et de conjugaison.
Ce qui ne m’empêche toujours pas de faire énormément de fautes…
J’ai envoyé le manuscrit en bêta lecture le 28 février, et 15 jours plus tard, j’ai reçu les notes de lecture. Globalement, il n’y avait pas grand-chose à modifier, quelques longueurs, une grosse incompréhension, mais pas de problème majeur qui nécessiterait une réécriture totale.
Après avoir corrigé le texte et bricolé une couverture provisoire, je fis imprimer quelques exemplaires pour des proches, plus ou moins lecteurs, afin qu’ils me partagent leurs impressions de lecture.
La mi-mars marqua aussi la reprise des marchés, qui, sans doute encore engourdis par l’hiver, n’attiraient pas la foule des beaux jours. Les ventes étaient mauvaises, mais je ne m’inquiétais pas, nous étions encore en hiver.
Et de toute façon, l’important c’était l’avancement du roman.
Ne pas perdre le fil, même au mois d’avril
Le printemps avait à peine éclos que j’envoyai le texte au correcteur. Je reçus la correction à la fin du mois. Le temps de contrôler chacune des modifications, le mois de mai pointait le bout de son nez. Une fois la mise en page terminée et la couverture épurée, je commandai quatre exemplaires de test. Nous étions le 9 mai, j’étais en retard, mais ce n’était pas catastrophique.
En revanche, je risquais d’avoir un problème.
La couverture n’était franchement pas terrible. On ne la comprenait qu’une fois le livre lu. Mystérieuse ? Mystique ? Elle allait ajouter de l’incompréhension sur mon stand, et comme on me prenait régulièrement pour un témoin de Jéhovah, je risquais d’aggraver cette perception.
Une nouvelle quête commençait : trouver un illustrateur pour la couverture. Sur Fiverr, je passai en revue des dizaines de profils, regardai leurs créations, les retours clients, puis en contactai deux. Ils travaillaient avec des logiciels de 3D, et ce que je demandais était très compliqué pour eux, car ils n’avaient pas les modèles 3D.
Mon idée ?
Je voulais qu’apparaisse en grand sur la couverture le mythique camion Berliet T100, roulant au milieu des montagnes dans une tempête de neige. Ce camion est un « personnage » du roman, c’est pourquoi il était important qu’il soit sur la couverture. J’avais déjà travaillé sur un exemple avec Chat GPT, le voici :
Après une semaine d’échecs (les devis étaient beaucoup trop élevés), je me rendis à l’évidence, je devais changer d’approche. Plutôt que de chercher un rendu spectaculaire et réaliste, je pris le parti inverse.
Dans le roman, un des personnages est (un mauvais) peintre. D’ailleurs, c’est à cause d’un jeu de mots sur le titre d’une de ses peintures que le personnage principal est condamné à aller dépolluer un site dans le Grand Nord. Avoir une peinture en couverture m’a semblé être une très bonne idée.
En quelques heures, j’ai trouvé un peintre dont le style correspondait à ce que j’avais en tête. Je lui ai transmis un dossier avec mes intentions et des images du camion. Il était d’accord pour le projet, son devis entrait dans mon budget, tout était parfait.
Sauf le délai.
Il avait beaucoup de commandes en cours, je devais attendre deux mois, c’est à dire le mois de juin. Encore… C’est quand même dingue de toujours faire la même erreur…
Et en y réfléchissant je me dis que j’ai eu de la chance, car j’aurais pu avoir le même problème avec le correcteur, car, évidemment, je l’ai, lui aussi, contacté au dernier moment.
J’étais donc face à un dilemme. Soit je cherchais un autre peintre, avec le risque d’être face au même problème, soit j’acceptais le devis et j’utilisais la couverture provisoire, dessinée par mes soins et avec mes maigres compétences en graphisme. Ce ne serait pas parfait, mais ça serait provisoire…
Pendant un temps, je cherchai un autre peintre, je fis défiler les profils et les peintures, mais leur style ne me convenait pas.
Non, je devais choisir entre une forme de perfectionnisme et une forme de pragmatisme. Je sais bien que ça n’a l’air de rien dit comme ça, mais je me suis fait des nœuds au cerveau pendant plusieurs heures avant de prendre une décision. Et pour tout vous dire, j’ai même demandé conseil à des proches pour qu’ils valident mon idée.
Car oui, j’avais trouvé une parade.
On ne me prendrait pas pour le membre d’une secte, ou un témoin de Jéhovah.
J’allais faire imprimer la couverture bleue, avec un symbole étrange, et j’allais y ajouter une surcouverture, avec l’image générée par IA.
En mai, fais ce que tu dois faire
J’avais un mois de retard, et encore une fois j’étais face à un dilemme. Soit je suivais le planning, je commandais les livres et je rattrapais une partie de mon retard, soit je suivais le plan, c’est-à-dire le processus éditorial classique, et je commandais des exemplaires de vérification (des BAT : Bon à tirer) pour m’assurer une dernière fois que tout était correct, tant sur le plan de la forme (mise en page, couverture) que du fond (une petite modification de dernière minute sur un paragraphe pour l’alléger, le rendre plus clair…), mais alors, je perdais un temps précieux, et le retard d’un mois serait impossible à rattraper, pire, il s’amplifierait.
J’avais déjà commandé des exemplaires pour vérifier la bonne mise en page de la couverture. Les fautes avaient été corrigées par un professionnel. La mise en page était bonne. Tous les voyants étaient verts, je pouvais foncer.
J’ai commandé un BAT.
J’avais déjà fait l’erreur de me précipiter avec le recueil de nouvelles. Il était hors de question que je réitère. Tant pis, je préférais avoir un peu de retard que me retrouver avec un stock de livres invendables ou dont je ne sois pas fier.
Et j’ai bien fait !
J’ai reçu les exemplaires le 23 mai.
J’ai relu le texte ; c’était la première fois depuis longtemps. Mes yeux étaient neufs, j’ai eu l’impression de le redécouvrir.
Alors, j’ai relevé beaucoup d’éléments à corriger.
Chaque Post-it représente une ou plusieurs corrections à apporter.
J’ai commandé les 500 premiers exemplaires le 9 juin. J’avais maintenant plus d’un mois de retard sur le planning, mais si l’imprimerie et le transport suivaient leurs délais (10 jours ouvrés), je pouvais m’attendre à recevoir les exemplaires le 21 juin, ce qui me sembla être un joli clin d’œil du destin (ceux qui ont lu Hors dôme comprendront).
Malgré le retard, j’étais serein. Il ne me restait plus qu’à attendre, et à préparer les surcouvertures. Pour cela, j’ai acheté une rogneuse et j’ai commandé des affiches A3 (500) avec l’image du camion et des bandeaux publicitaires rouges.
Hey, june, don’t let me fall
De l’anglais ! Berk !
Il va faloir se laver les dents.
En français c’est beaucoup mieux : Hé juin, ne me laisse pas tomber (ou automne, je ne sais pas…)
Avec un peu de méthode et d’huile de coude, les bandeaux rouges (blurbs) et la surcouverture furent rapidement découpés.
Pendant ce temps, sur les marchés, les ventes étaient mauvaises (pour ne pas dire très mauvaises). Il m’arrivait régulièrement de ne vendre qu’un ou deux livres. Ma moyenne de vente sur un mois était divisée par deux pour les mois de mai et juin, et par trois pour le mois d’avril. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Sur des marchés où je vendais sans arrêt une année plus tôt, plus personne n’achetait mon recueil…
Comment allais-je faire pour continuer à vivre de ma plume ?
Tous les espoirs reposaient sur le roman.
Sauf que le roman n’était pas encore imprimé.
Les jours défilaient. Les semaines s’écoulaient.
Et je n’avais pas de nouvelles de l’imprimerie.
La commande était en préparation.
J’attendais.
La mi-juin passa.
Pas de nouvelles.
Et le 19 juin : « la commande est expédiée »
La livraison devait être effectuée en trois jours ouvrés, mais il y avait un week-end du 22 au 23.
« Au pire, je la recevrai lundi ou mardi » (le 24 ou le 25) me dis-je.
Ça ne s’est pas passé comme prévu.
Je vous raconterai.
À bientôt !


















