Je vous avais donné rendez-vous en septembre et nous voici (déjà) à la fin du mois d’octobre novembre décembre en 2026 !
La ponctualité…
Mais vous commencez à avoir l’habitude ; les plus patients d’entre vous ont attendu mon premier roman pendant plus de trois ans.
Je suis de ceux qui écrivent lentement.
Nous nous étions quittés sur une désillusion, je quittais mon premier marché de l’été plein de tristesse et vide d’argent. Mon plan ne se déroulait pas comme prévu.
Mon plan : vendre sur les marchés de Leucate.
Mon objectif : 150 livres en deux mois.
Cela n’est pas arrivé.
Laissez-moi vous raconter.
Sommaire
Encore
Après l’échec du premier marché, j’ai tenté de me remotiver. Les commerçants m’avaient rassuré, ils étaient confiants, je les ai écouté. Après tout, si une hirondelle ne fait pas le printemps, pourquoi un marché ferait une saison ?
Au deuxième jour de mon aventure, je mis les voiles vers Leucate. En été, le marché occupe la place de la république et la rue de l’église.
Par chance, j’ai été placé à l’ombre, à l’angle de la rue du boulodrome, à côté du parking à vélos. En face de moi, on vend des empanadas (très bon) à côté, des bijoux indiens. Je connais un peu le village alors j’arrive à me garer dans une rue sinueuse non loin du marché, et déballe à la main sans difficulté. Mon petit stand attire l’attention des commerçants : « ça, c’est un bon stand ». Sur mon visage rougi par soleil, mes joues piquent quand je souris.
Je m’installe, le marché commence, on passe devant mon stand et je ne sais plus comment me tenir. Debout ? Assis ?
« Tu es trop grand, ça intimide les gens. Assis ça fait plus écrivain. » dit ma voisine.
Ce n’est pas faux. Les passants ne se dirigent pas spontanément vers mon stand, comme c’est le cas pour les étals de bijoux ou de nourriture.
En face de moi, Cyril, qui vend des empanadas, à une phrase d’accroche, « bonjour, vous connaissez ? »
J’essaie de l’imiter : « Bonjour, c’est des nouvelles, vous connaissez ? »
Parfois j’obtiens un sourire, parfois un « merci », souvent on s’éloigne.
Les vacanciers défilent, le soleil monte dans le ciel, dans les rues résonne crescendo le brouhaha roulant des touristes. Les marchands s’affairent, à ma gauche on négocie le prix des bracelets, « si j’en prends deux vous me les faites à combien ? », en face on écoute les conseils de Cyril sur l’accompagnement des empanadas « avec un peu de salade c’est excellent ». Et au milieu de toute cette agitation commerciale, je reste immobile.
« Bonjour, c’est des nouvelles, vous connaissez ?
À la fin du marché j’avais vendu un livre.
Encore.
Un parachutage trop loin
Mon stand sous le bras et le moral sous mes souliers, je retourne vers ma voiture en traînant comme un boulet la sensation lourde de l’échec. J’ai besoin d’air, d’espace et de solitude alors je m’exile sur la falaise de Leucate. Le parking est plein de camping-cars. Les cigales hurlent sous le soleil brûlant : c’est raté pour le calme et la solitude.
Pas grave. Je trouve une place sous les pins. Face au coffre ouvert, je prends quelques instants pour méditer sur ma déroute accablante. Non seulement je suis un mauvais vendeur, mais en plus je suis un piètre campeur. Ma réserve d’eau est presque vide, compte tenu de la chaleur, conserver des produits frais est inenvisageable et je n’ai pas emporté de réchaud, ce qui m’oblige à manger des conserves froides, qui, faute de provisions suffisantes, commencent à manquer. La batterie de mon téléphone est presque déchargée, et comme j’ai souscrit à un opérateur bon marché, je ne capte quasiment jamais la 4G.
L’eau, l’électricité, la nourriture, le réseau et le moral : tout est bas.
Au pied de la falaise s’étendent les plages débordantes de touristes et autour de moi la garrigue : des rochers gris, des pins et des buissons épars. À ce même endroit, quelques années plus tôt, j’avais tourné le dernier plan de mon court métrage de fin d’études. Cette image se trouve maintenant en couverture de mon recueil de nouvelles. Et moi, comme le personnage de mon film, je suis seul.
Perdu.
Assailli de doutes.
J’aurais peut-être dû continuer le cinéma ?
J’aurais peut-être dû rester en Aveyron ?
Les doutes m’assiègent, je les repousse en préparant mon repas de midi (à 15 h) : une petite conserve de maïs, une petite conserve de thon, une petite conserve de haricots verts.
Oui, je suis un gastronome.
Et pendant qu’en fin gourmet, je dégustais mon repas cinq étoiles, je me creusai les méninges en listant les endroits où remplir ma réserve d’eau.
Du pain et des jeux ? Non : de l’eau et du feu (enfin, de l’électricité…)
Où trouver de l’eau potable ?
Quand j’étais petit, les camping-cars défilaient devant la fontaine du village. Certains remplissaient de petits réservoirs de dix ou vingt litres, d’autres en profitaient pour faire le plein de leurs citernes (plus de 100 L) ; l’eau était gratuite, car les habitants du village la payaient. Ce genre d’abus a engendré un agacement des habitants, qui a engendré la fermeture du robinet. Rue de la fontaine, la source d’eau gratuite s’est tarie.
À Leucate, la municipalité n’avait pas coupé l’eau, mais avait installé des fontaines manuelles. L’idée me sembla bonne : pour avoir de l’eau, il faut pomper, ce qui, en principe, évite le gaspillage et les abus.
Tous les deux ou trois jours, je me garais sur le parking du cimetière, et remplissais mon réservoir de 20 litres à la fontaine du City-stade avec cette dérangeante impression d’être un de ces fameux campings-caristes en train d’abuser de la générosité des leucatois. Si certains habitants lisent ces lignes, qu’ils sachent que j’ai fait de mon mieux pour être le plus économe ; par principe, évidemment, par angoisse (est-ce que j’ai assez d’eau pour faire la vaisselle et me doucher ? Est-ce que j’ai bien fermé le bouchon ? Est-ce qu’il y a une fuite ?), mais aussi par pragmatisme, car sous la chaleur écrasante des canicules estivales, la corvée d’eau est loin d’être agréable.
Et l’électricité ?
De l’électricité ? Pour quoi faire ? En vérité, pas grand-chose ; je me couchais le plus tôt possible et me levais aux aurores (l’éclairage n’était donc pas une priorité), je n’avais aucun appareil électrique pour la cuisine, pas de plaque chauffante, pas de frigo ni de glacière, et encore moins de fer à repasser. En revanche, j’avais mon ordinateur portable et mon téléphone. Et si je pouvais me passer du premier, le second était important, ne serait-ce que pour tenir informés mes parents.
En ce deuxième jour d’aventure, la batterie de mon téléphone, un Sony reconditionné, affichait seulement quelques pour cent de charge (et une très mauvaise connexion). L’adaptateur pour l’allume-cigare était inefficace, la batterie continuait se décharger, alors j’ai acheté un chargeur rapide en prévoyant de le brancher sur le marché le lendemain.
Veillée drame
Nous sommes le mardi 5 juillet 2022, je retourne dormir sur mon parking. J’ai chaud, le sommeil me fuit. La lumière se fraye un passage entre les interstices des volets ventousés sur les vitres. Dehors, les cigales n’en finissent pas de chanter.
Qu’est ce que je fais là ?
Je suis venu vendre mes livres. Mon objectif est de vendre 150 livres en deux mois.
Ça ne s’est pas passé comme prévu.
Je vous raconterai 😉
À bientôt !


