Aventure écriture #17 : l’envol

HORS DÔME

Les grands espoirs sous la lune

Arthur Constance

Aventure écriture #17 : l’envol

Nous nous étions quittés en pleine incertitude ; les livres étaient commandés, j’attendais, les jours défilaient, mais rien, pas de nouvelles.
La saison commença.
Le 19 juin, je reçus un courriel de l’imprimerie : « la commande est expédiée ».
Sur les marchés, je n’avais rien à proposer, si ce n’est une feuille de papier où les lecteurs intéressés pouvaient laisser une adresse courriel pour que je les contacte une fois le roman terminé.
Rien de nouveau, cette feuille était sur mon stand depuis deux ans.
– Et alors, ce roman, il en est où ?
– Il est imprimé, je vais bientôt le recevoir.
– Bientôt ?
– Oui, la semaine prochaine.
Le 25 juin, sur le premier marché nocturne de Port-la-Nouvelle, je n’avais rien reçu, et quelques touristes, à qui j’avais, l’année dernière, annoncé la parution de mon roman pour l’été 2025, me questionnaient :
– Et alors, ce roman, il en est où ?

Sommaire

Chevalier des lettres

Je les avais commandés il y a presque un mois, et ça y est, ils étaient là, devant moi. J’ai eu peur, je me suis fait des frayeurs, des films catastrophes, « et si le transporteur s’était trompé d’adresse ? », « Et si le camion prenait feu ? »
Mais non.
Le vendredi 29 juin, les 500 premiers exemplaires de mon premier roman sont arrivés, bien rangés sur une palette. Ils étaient vrais, je pouvais les tenir dans mes mains, les toucher, les sentir.
Enfin !

Cependant, tout n’était pas encore fini. Ces livres, c’était des provisoires, des exemplaires avec une couverture dessinée par mes soins, et cachée par une image générée par IA, une sorte de prototype, ou plutôt des exemplaires à tirage limité, comme en photographie.
Néanmoins, une grande étape avait été franchie. Après quatre ans et demi de travail, j’avais devant moi l’épée de mon adoubement, forgée par mes mains dans un métal de doute, d’erreurs et recommencements. Et face à cette épée en forme de palette qui m’intronisait écrivain, mon premier geste allait être grand et symbolique !
Une phrase à la Neil Armstrong posant le pied sur la Lune ?
Un geste fort ?
Un dessin peut-être ?
Non, je fis du sport, de la musculation.
Bras et jambes ! (pas une séance de kéké des plages)
Ces 450 kg de livre, il fallait les monter au deuxième étage. J’ai transpiré. Un autre bel exemple de ce qu’est l’édition indépendante ; écrire, c’est physique.

La quatrième saison

Et voilà, j’avais enfin mon livre, la saison pouvait commencer. Nous étions le 29 juin, et pour la première fois, j’allais présenter mon livre au public. Oh, bien sûr, on m’avait déjà posé des questions, cette publication n’était pas une surprise. Depuis quelques mois, j’avais installé sur mon stand une image de camion ; la fameuse image générée par intelligence artificielle, et sur laquelle il était écrit : « Premier roman, bientôt ». Ce visuel avait attiré la curiosité de quelques passionnés, dont je ne soupçonnais pas une existence si nombreuse. On me posait régulièrement des questions sur cette image, on reconnaissait le T100, on me partageait des anecdotes personnelles : « Ah oui, je connais, mon père travaillait chez Berliet ». Le T100, plus gros camion du monde à l’époque de sa fabrication (1957-1959), est admiré par les passionnés des vieux camions. Je me souviens d’un monsieur très content de la voir sur la couverture de mon livre, qui collectionnait les répliques du T100 à l’échelle 1:43.

(pour la petite histoire, j’avais pensé acheter ce modèle pour décorer le stand, mais le prix était rédhibitoire)

Ce 29 juin, j’ai donc présenté mon roman pour la première fois sur le marché de Céret. Un premier potentiel lecteur s’avança vers moi, je lui racontai les grandes lignes de l’histoire, et en me rappelant de cette même situation, quatre ans plus tôt, lors de mon premier marché, où, ayant complètement perdu mes moyens, j’avais peiné à présenter mon recueil de nouvelles. J’avais été pris la main dans le manque d’éloquence, mais cette année, c’était différent. Pour ne pas tomber à nouveau dans cet écueil, je m’étais préparé, je n’étais plus un débutant.
Et pourtant, j’ai quand même cherché mes mots, comme si mon cerveau tournait au ralenti. En face, la personne m’écoutait, probablement sans se douter de ma déroute intérieure ; la couverture l’intéressait, elle lui rappelait des souvenirs, et pour cause ; c’était une ancienne routière.
Comme pour le recueil de nouvelles, mon premier lecteur était une lectrice.
Un grand merci à vous Anna.

Ainsi débuta la saison. Cette année encore, j’avais choisi de ne pas trop faire de marchés. Je n’avais pas réussi à me débarrasser de mon mal de dos, alors j’ai préféré jouer la sécurité, éviter d’accumuler trop de fatigue, et me contenter de huit marchés par semaine.

Lundi (soir) : Port-Leucate
Mardi (soir) : Céret
Mercredi (matin) : Collioure
Mercredi (soir) : Port-la-Nouvelle
Jeudi (soir) : Leucate (village)
Vendredi (soir) : Port-Argelès
Samedi (matin) : Céret (Art Sant Roch)
Dimanche (matin) : Collioure

Ça n’a l’air de rien comme ça, mais l’enchaînement des marchés du soir et du matin était compliqué. Pour dormir dans les meilleures conditions possible, je rentrais chez moi tous les soirs. J’arrivais dans mon appartement entre 1h et 2h du matin, la figure dégoulinante d’eau froide destinée me tenir éveillé sur l’autoroute.

Encore une fois, je terminai la saison exténué. Et j’accueillis avec soulagement les annulations de marchés à la fin du mois d’août (à cause du mauvais temps).
L’été s’envolait doucement et j’étais content. Bien sûr, comme à chaque fois, je n’avais pas atteint l’objectif que je m’étais fixé (j’espérais vendre 500 exemplaires) mais j’en avais quand même vendu 420, ce qui était très bien.
Le peintre termina la couverture au mois de juin, ce qui le laissa largement le temps de commander un BAT.
Je passai commande de 500 romans à la fin du mois de juillet.
Après un gros passage à vide en automne, les marchés de Noël relancèrent les ventes. En six mois, j’avais vendu un peu moins de 700 exemplaires, ce qui est excellent (la moyenne des ventes d’un premier roman se situe entre 500 et 800).
Le livre a pris son envol, j’ai fait de mon mieux pour qu’il aille loin et haut, mais sa trajectoire n’est plus de mon ressort. Maintenant, Hors dôme est entre vos mains, chers lecteurs.

D’échec en échec jusqu’à la réussite

L’année 2025 se clôturait et j’avais réussi, j’avais gagné un pari pris au printemps 2019. J’avais tenté, j’avais échoué, mais j’avais persévéré et j’avais réussi. Oh, rien de triomphal, pas de Goncourt ni de Prix Nobel, juste vivre de sa plume, être écrivain indépendant, libre, propriétaire de mes livres, et sans personne à qui rendre de compte (sauf à l’URSSAF).
Je sais que beaucoup parmi ceux qui lisent ces lignes, partagent ce même objectif. Voyez dans cette série d’articles un témoignage, un exemple parmi d’autres qu’il est possible de gagner sa vie en écrivant, en prenant des chemins inhabituels, certes, peut-être un peu étranges, un peu pionniers, ou, disons, qui sortent de la classique voie royale de l’édition. Mais qu’importe, on ne devient pas quelqu’un en faisant comme tout le monde, et si mon aventure littéraire vous a inspirée, alors prenez la plume, puis le volant et allez de marché en marché pour présenter votre livre, votre invention, votre service…
Ce sera une autre histoire, et c’est à vous de la raconter.

Un grand merci à vous, chers lecteurs, pour avoir suivi cette série d’articles. Régulièrement, des écrivains confirmés ou en devenir viennent me parler sur les marchés et j’espère que ces quelques billets vont vous aider à écrire ou à commercialiser vos livres.
Bon courage à tous !
On se retrouve sur les marchés, à bientôt.
Arthur

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