Aventure écriture #8 : à l’ombre des pins dans la figure

écrivain Arthur Constance, portrait

Aventure écriture #8 : à l’ombre des pins dans la figure

À l’aube, dans le temps incertain où la nuit n’est plus, mais où le jour n’est pas encore ; espace silencieux où les goélands restent à terre et où les cigales restent muettes, je roulais doucement vers mon premier marché, situé à quelques centaines de mètres du parking où j’avais dormi.

Bon OK, ce n’était pas vraiment mon premier marché, disons que c’était le premier en van-Ax.

Sommaire

Va-y Franqui

Le stand parfait

Le marché de La Franqui n’a lieu qu’en saison estivale, du 15 juin au 15 septembre, le lundi et le jeudi matin. Il se tient au fond de l’avenue Henri de Monfreid, un écrivain, un aventurier, ça ne s’invente pas…
Ce n’était pas un grand marché, nous étions peut-être une vingtaine de commerçants et l’espace y était réduit, mais avec mon stand miniature, les placiers m’ont trouvé un emplacement en plein milieu.
« Super ! Tous les visiteurs passeront devant moi, je vais vendre beaucoup de livres ! » me suis-je dit.
C’est beau l’optimisme.

Alors, plein d’entrain, je me suis installé.
Ce fut vite fait, mon stand était constitué d’une table et d’une chaise pliante, d’une nappe, d’une plume pour évoquer l’écriture (et éviter qu’on me prenne pour un témoin de Jéhovah) et d’un petit stock de dix livres.
Ce minimalisme était volontaire.
Il économisait de l’espace dans la voiture, et me permettait de transporter mon stand en un seul voyage.
Car oui, en tant que nouveau camelot non abonné aux marchés de Leucate (La Franqui, Leucate plage, Leucate village, Port-Leucate), je n’avais pas de place attitrée. Tous les matins, je devais attendre que les commerçants réguliers s’installent et que les placiers attribuent un emplacement aux « volants », comme moi. Ces attributions se faisaient par ordre d’ancienneté, et comme je venais d’arriver, je faisais partie des derniers placés.

Le marché La Franqui, Google image (évidement, je n’ai pas pensé à prendre de photos)
Le marché La Franqui, Google image (évidement, je n’ai pas pensé à prendre de photos)

Une fois l’emplacement attribué, il faut y décharger sa marchandise, ce qui, pour les gros stands, implique de traverser le marché, donc de manœuvrer au milieu des camelots, des parasols et des premiers clients : l’angoisse !
Et c’est le même programme pour le remballage !
Avec un petit stand, tout est plus simple, on peut se garer loin du marché et décharger à la main, ou à l’aide d’un chariot.
Le petit carton de livre, la nappe et la plume rentraient dans mon sac à dos, la table dans une main, la chaise dans l’autre, je pouvais transporter mon stand en un seul voyage.
Le rêve de tout camelot !
Ou pas…

Le barème de satisfaction

Le long de la grande allée que forme le marché de La Franqui, les badauds ont commencé à badiner, les promeneurs à se promener et les clients à clienter, mais avec mon petit stand, personne, parmi les badauds, les promeneurs ou les clients ne me remarquaient.

Rien d’anormal, j’avais l’habitude.
Je tentais de timides « bonjours » pour attirer l’attention.
On me regardait, parfois on me répondait sans s’arrêter, parfois on détournait le regard.
Intéresser les touristes était plus difficile que prévu, mais je ne baissai pas les bras.
Je ne demandais pas grand-chose, avec le temps et l’expérience des marchés dans l’Aveyron, je m’étais construit un barème de satisfaction :
À partir de trois livres vendus, je n’avais pas le droit d’être déçu.
Cinq ventes c’était la moyenne : tout allait bien.
Au-delà de sept c’était très bien : un excellent marché !

Le soleil montait dans le ciel, il bombardait mon stand sous le chant des cigales. Pour voyager léger, j’avais préféré m’abriter sous un vieux chapeau de brousse plutôt que sous un encombrant parasol.
Erreur manifeste.
D’autant plus que je n’avais pas prévu de crème solaire.

Ainsi, prenant doucement cette teinte de homard cuit si caractéristique de certains touristes allemands, je regardais défiler les badauds, les promeneurs et les clients sans trouver le moyen d’attirer leur attention.
À la fin du marché je n’avais vendu qu’un seul livre.
Un tout petit livre…

À l’ombre des pins dans la figure

Vous vous souvenez de la citation de Mike Tyson : « Tout le monde a un plan jusqu’à ce qu’on lui donne un coup de poing dans la figure ». Eh bien à ce moment là, j’étais exactement dans la même situation. Comme un joueur de Pocker, je venais de faire « tapis ». Je venais de parcourir plus de 300 km, de dormir dans ma voiture, de me lever aux aurores, de tenir mon stand pendant sept heures, pour, au final, ne gagner que 12,50 €. C’est à dire moins de 1,80 € de l’heure, et encore, sans compter les frais…
Sur la cote il y a du monde, le livre intéressera les touristes, c’est une super idée… Bravo Arthur, quel stratège, quel champion, quel visionnaire…

« Ne te décourage pas », disaient les autres commerçants, quand, penaud, je leur annonçai mon chiffre d’affaires. Dans le fond, ils avaient raison, mais dans ma tête les doutes m’assaillaient : « avec une petite vente, un petit livre, je ne vais pas aller bien loin… », « J’ai fait une bêtise, j’aurai dû rester dans l’Aveyron… »

Ce n’était pourtant pas la première fois que je vendais un seul livre ; en juin, au marché de Leucate plage, je n’en avait pas vendu plus, et dans l’Aveyron, il m’était arrivé de rentrer bredouille d’un marché.
Mais là, sans doute à cause de la distance, du manque de stabilité, de l’impression de jouer funambule sans filet de sécurité, ce premier jour en forme d’échec me donnait l’impression d’une condamnation.

Pour me changer les idées, je décidai de chercher un endroit où travailler. Au mois de mai, j’avais repris l’architecture de mon premier roman, en cours d’écriture. La nouvelle version prenait forme, et je comptais mettre à profil les longues heures de l’après-midi pour avancer sur le manuscrit. J’avais commencé à noircir des feuilles volantes que je devais maintenant taper sur mon ordinateur portable, un vieux PC dont il manquait des touches, mais dont l’éventuel vol ne serait pas une grande perte financière. La batterie de ce vieux portable ne tenait plus la charge, je devais donc trouver un endroit calme, équipé de prises électriques, et relativement proche.
La médiathèque de Sigean me sembla l’endroit parfait. Je m’y rendis dès mon repas terminé.
Elle était fermée.

Fatigué, transpirant sous la chaleur étouffante, je retournai sur le parking des Coussoules, mon nouvel abri, mon nouveau chez-moi. Le lendemain, j’aurai une nouvelle occasion de vendre mon livre au marché de Leucate village.

On a tous un plan…

Mon plan, c’était de faire les marchés sur la côte, dormir deux mois dans ma voiture aménagée et vendre 150 livres.
Mon plan ne s’est pas déroulé comme prévu…
Je ne suis pas resté deux mois, je n’ai pas vendu 150 livres.

Je vous raconterai.
Rendez-vous sur les marchés, ou en septembre,
À bientôt !

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2 réflexions sur “Aventure écriture #8 : à l’ombre des pins dans la figure”

  1. Bonjour Arthur,

    Quel plaisir de lire la suite de tes aventures! Vivement la suite!
    A bientôt ( virtuellement malheureusement car ce ne sera probablement pas avant l’année prochaine à Collioure).

  2. Stroobants Rudy

    Bonjour Arthur,
    J’ai fait ta connaissance au marché de Collioure l’année dernière. Tu proposais à l’époque ton recueil de nouvelles et nous avons discuté , partagés nos expériences d’artistes, toi avec les mots, moi avec la lumière et les traits.
    Je me suis offert ton livre et j’ai été conquis par le qualité, la densité de ton écriture.
    Nous nous sommes retrouvés sur d’autres marchés, notamment à Céret où nous tentions péniblement de vendre le produit de notre imagination.
    Lorsque ton roman est sorti, je n’ai pas hésité une seule seconde: il me le fallait!
    Ce qui m’avait impressionné, outre la grande qualité d’écriture, c’était la capacité à se renouveler, qualité indispensable pour durer, et qui se confirme à la lecture de « Hors dôme ».
    Je sais que les écueils que tu rencontres doivent par moments t’amener à douter, mais accroche-toi: ces épreuves construiront aussi ta légende, celle du héros qui a osé là où la grande majorité renonce à ses rêves par peur.
    Alors si tu incarnes ce héros qui a bravé tout ça et qui est toujours debout, libre parce qu’il a vécu sa vie, ils auront l’impression de s’en approprier une parcelle en se plongeant dans ton livre. L’expérience m’a appris que l’auteur est aussi important que l’oeuvre et parfois même plus.
    Persévère, sois créatif, comme dans tes écrits, essaie d’autres approches. Je suis sûr qu’à un moment cela portrera ses fruits.

    A bientôt Arthur
    Rudy (Herès Art)

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