Aventure écriture #7 : le soleil et l’amer

écrivain Arthur Constance, portrait

Aventure écriture #7 : le soleil et l’amer

Elle m’a lâché. Comme ça, un dimanche, sur un parking, devant la mer, sans crier gare.
Titine ! Pourquoi ?

Abandonné face aux vagues (à l’âme), j’essayai de comprendre d’où venait la panne.
Les phares fonctionnaient, le klaxon aussi.
Donc ce n’était pas la batterie.
La jauge d’huile indiquait un niveau correct.
Donc le moteur n’avait pas serré.
Mais que s’était-il passé ? Je ne comprenais pas, je ne comprenais rien. Comment était apparu un tel bourbier ?

Alors j’eus une idée !
Alors je me souvins !
J’allai peut-être me sortir du pétrin !

Sommaire

La rat race

L’Aveyron c’est très beau, l’Aveyron c’est la campagne, et moi j’habitais dans l’Aveyron, donc j’habitais à la campagne ; c’était joli, ça changeait de Paris.
Sauf pour les rats.

À Paris, il y en a plein des rats, des rats des villes ; ils sont stressés, malpolis et prétentieux. Ils vivent dans le métro et les égouts. Parfois on en voit aussi dans les caniveaux ou les trottoirs, ce n’est pas la mobilité qui les effraie (contrairement aux chouettes).
Ce sont des rats parisiens alors ils sont sous pression, c’est normal, ils ont beaucoup de responsabilités : ils recyclent les ordures. Evidement, la municipalité prend soin d’eux, elle les dorlote, elle les bichonne, ils pullulent.

Dans l’Aveyron c’est différent, les rats sont détendus. Libérés de leur charge mentale, ils tentent de nouvelles expériences culinaires, par exemple : goûter la mousse de rembourrage de la banquette arrière d’une Ax (ça ne devait pas être bon, ils y ont à peine touché), ou déguster des fils électriques. Aux yeux des rats, l’alimentation de la pompe à essence devait ressembler à une pâtisserie, un dessert, une pièce montée ?
Bref, quelques mois avant mon départ, ces *** de rats avaient grignotés du câblage !
Le faux contact avait été réparé façon « système D » avec de la colle, mais la chaleur du sud l’avait sans doute dilaté.
(pour les plus observateurs, c’est la partie cachée par le scotch orange sur les photos de l’article précédent)

J’avais donc une supposition de panne : un faux contact sur la pompe à essence.
Problème : sur les Ax, la pompe se trouve sous la banquette arrière. Or, Titine n’avait plus sa banquette, à la place, il y avait mon lit et des caissons vissés sur des plaques d’OSB, elles-mêmes vissées à des tasseaux.
Et je n’avais pas d’outils pour tout démonter.

Allo maman, bobo

Fier aventurier des lettres, affrontant seul les affres chaotiques et terribles des plus grands dangers, triomphant tel un héros grec, je…
Non.
J’ai appelé ma mère.
Elle m’a donné le numéro de notre ancien voisin (j’ai grandi dans un petit village près de Leucate) et il est venu à mon secours armé d’une perceuse et de scies à cloches.
(Merci encore à toi Christian!)

Comme je ne voulais pas tout démonter, on a percé l’OSB au-dessus de la pompe. Tant pis pour les copeaux, ce serait plus rapide.
Sauf que ce n’était pas pratique du tout, et je n’arrivais pas à manipuler les fils.

Finalement, nous avons sorti le matelas, dévissé le plancher, et atteint cette satanée pompe à essence.
Et après un petit bidouillage hasardeux…
Après un premier essai infructueux…
Et après un autre bidouillage…
Miracle !
Titine démarra !

Mais attends un peu…

Oui, j’entends d’ici les premières questions, les objections, les « mais pourquoi ? » : « mais pourquoi voulais-tu dormir dans ta voiture ? » « Mais pourquoi n’as-tu pas dormi chez tes amis, d’anciens camarades, voisins…
Et bien c’est très simple :

  • J’avais quitté la région depuis plus de dix ans, et j’avais perdu de vue la totalité de mes anciens amis, qui, pour la plupart, étaient aussi partis vers les grandes villes.
  • Je comptais rester deux mois sur place et je tenais à mon indépendance.
  • Après plus de deux ans isolé et assis sur une chaise, l’envie d’aventure vibrait dans mes veines.

Mais quand même, en cas de gros problèmes, de tempête, de catastrophe ou que-sais-je, je pouvais compter sur d’anciens voisins ou amis de mes parents.
D’ailleurs, à peine la voiture réparée, j’ai stocké mes lourds et encombrants cartons de livres chez une amie de ma mère.
(Merci encore Ève!)

Où dormir ?

Après avoir déposé mes livres, je partis en quête d’un endroit calme où dormir. Pour cela, je mis le cap vers La Franqui, un hameau à flanc de falaise, où je supposais pouvoir dénicher un petit coin tranquille et des sanitaires utilisables.
Il y avait des touristes partout.
Les rares ruelles isolées étaient privées.
Les w.c. étaient soit au milieu du village, soit dans un état qui inspire peu de confiance : toilettes turques avec chasse d’eau aléatoire et verrou en vacances.
Bref, ce fut un échec.

Alors je me dirigeai vers Les Coussoules, une plage encore sauvage au temps de ma jeunesse, mais qui s’était transformée en quelques années : le camping municipal bon marché était devenu un complexe très haut de gamme, l’accès aux plages était interdit aux véhicules et un parking relativement ombragé avait été construit, avec des w.c. à peu près propres. Le marché du lendemain était à La Franqui, juste à côté.
Pour un premier soir, ça ferait l’affaire.

Première nuit

À l’intérieur, elle donnait l’impression d’une cabane, comme celle que l’on construisait, minot, dans notre chambre avec un drap, quelques coussins et un balai. Le premier soir, dormir dans Titine m’a fait le même effet. J’avais soigneusement pris le temps de ventouser les “volets thermiques”, de déposer ma table, ma chaise pliante et mon sac sur les caissons, tout le matériel était rangé à sa place, je me suis glissé dans le lit et j’ai fermé le coffre ; le plan se déroulait comme prévu… pendant les premières minutes, car la jovialité de l’expérience nouvelle s’est rapidement évaporée.

La chaleur, supplice méridional ! Enfermé sans aération dans une voiture, je transpirai rapidement et m’endormir devint impossible. J’ouvris un peu une fenêtre : ce n’était pas suffisant. J’en ouvris une autre : toujours insuffisant. Alors, à l’aide d’une petite cale en bois glanée sur le parking, je maintins le haillon du coffre légèrement ouvert. Pourquoi légèrement ? Pour ne pas attirer l’attention et que d’éventuels voleurs se disent « cette voiture est fermée », et que la police se dise « personne ne dort dans cette voiture, c’est juste un touriste qui a placé des pares-soleil sur toutes les vitres ». (dormir dans sa voiture est considéré comme du camping sauvage)
L’aération fonctionna, un petit courant d’air me rafraîchit, mais le matelas me tint extrêmement chaud. Je pestai contre ma précipitation, j’aurai dû tester mon installation avant de partir !

Bref, je finis quand même par m’endormir, bercé par les espoirs de mon aventure. Quand le soleil se leva sur les Coussoules, je me douchai rapidement sur le parking, caché tant bien que mal entre deux portières, puis roulai vers mon premier marché.

Objectif : espoirs sous la lune

Depuis le début des marchés, j’avais vendu une cinquantaine de livres. Avant, en un an et demi, j’en avais distribué ou vendu une petite centaine à ma famille et mes amis. Il me restait donc un peu plus de la moitié de mon stock. Voilà quelle était ma mission de l’été : vendre tous mes livres.
Compte tenu de mes premières expériences sur les marchés, cet objectif semblait atteignable, mais vous commencez à avoir l’habitude : rien ne se passe jamais comme prévu.
Récemment, j’ai entendu cette citation de Mike Tyson :

Tout le monde a un plan jusqu'à ce qu'il reçoive un coup de poing dans la figure.

Je vous raconterai,
À bientôt !

Arthur

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