J’étais confiant, j’étais content. En 2022 j’avais découvert les marchés, j’avais appris, j’avais testé, je m’étais trompé, mais au global c’était une réussite. Et puis dormir dans sa voiture pendant trois mois c’était beau, c’était l’aventure, le printemps de la jeunesse.
En 2023 j’allais tout casser, j’avais un vrai lit, une vraie douche, j’avais commandé 1000 recueils de nouvelles, et j’allais tous les vendre !
Et puis le premier marché de la saison eut lieu.
Jeudi 15 juin 2023, à Port-la-Nouvelle.
Les touristes refusaient les marque-pages que je leur tendais.
Drôle d’ambiance.
Je n’ai pas vendu un seul livre.
C’est curieux cette manie qu’a le destin de ne jamais suivre nos projections.
Sommaire
Le marathon estival
Le planning de la course était serré, la logistique et le repos allaient être cruciaux.
Lundi matin : Port-la-Nouvelle (sur le port).
Lundi soir : Nocturne de Sainte-Marie-la-Mer, ou mardi matin : Leucate village.
Mardi soir : Nocturne de La Franqui.
Mercredi matin : Port Leucate.
Mercredi soir : Port-la-Nouvelle.
Jeudi matin : La Franqui.
Jeudi soir : Nocturne de Leucate village.
Vendredi matin : repos.
Vendredi soir : Nocturne de Port Leucate.
Samedi matin : Port-la-Nouvelle (au village).
Dimanche matin : Port Leucate.
En tout, dix marchés par semaine.
Je pensais tenir, je pensais que j’allais bien dormir.
Ça ne s’est pas passé comme prévu.
Je n’ai pas bien dormi.
Les douleurs me mangeaient le dos et me réveillaient la nuit, mon sommeil fatigué ne me permettait pas de récupérer l’énergie dépensée dans ces longues journées.
Au début j’ai lutté.
Le jeudi matin, j’arrivais zombie à mon emplacement sur le marché de La Franqui. Je déballais mon stand, perdu au milieu des plumes et des livres. Et comme les touristes n’arrivaient pas avant 9h, je finis par me résoudre à écouter les conseils de ma voisine de marché, témoin de ma fatigue, et à faire une sieste. Je m’installais dans ma voiture et tirais sur une corde tendue vers la nuit pour lui arracher un peu de sommeil.
Ce n’était pas très efficace.
J’ai continué de m’enfoncer dans un gouffre d’épuisement jusqu’à la dernière semaine du mois d’août, où, arrivé au bout de mes capacités d’endurance, et face au risque de m’endormir au volant, je décidai de faire une pause. Les 26, 27 et 28 août, je ne fis aucun marché.
En deux mois, j’ai participé à 73 marchés, et j’ai vendu près de 500 livres.
J’espérais en vendre le double.
L’été ne s’est pas passé comme prévu…
Adieux Titine
Je n’avais pas atteint les objectifs de vente que je m’étais fixé, mais la saison n’avait pas été catastrophique. Au début de l’automne, je décidai de changer de voiture. Mon nouveau véhicule serait un utilitaire avec un cahier des charges précis.
Il devait :
- Contenir mon parasol sans avoir à rabattre les sièges avant.
- Contenir un lit (1,90 m).
- Avoir des portes battantes à l’arrière (plus pratique pour la douche).
- Être fiable.
- Consommer peu.
Après quelques recherches, je trouvai (dans l’Aveyron) un véhicule qui semblait correspondre à mes attentes : un Citroën Jumpy de 2007, à la carrosserie un peu abîmée, mais utilisé et vendu par un garage, donc révisé et bien entretenu.
J’en fis l’acquisition au milieu du mois de septembre. Quelques jours plus tard, je le ramenais au garage. Il y avait une fuite d’huile, puis ce fut la courroie accessoire qui se déchira, puis les feux de route qui s’allumaient au hasard, la nuit, le jour, en roulant ou à l’arrêt, et la batterie se vidait. Mon fourgon se transformait en guirlande, Noël approchait, on était dans le thème.
Le garage était correct, il réparait systématiquement les problèmes sans me les facturer (même les pièces non couvertes par la garantie obligatoire de trois mois). Toutefois, pour les réparations, je devais monter dans l’Aveyron et leur laisser le fourgon pendant plusieurs jours, ce qui impliquait beaucoup de déplacements et moins de travail sur les marchés.
Finalement, après de nombreux aller-retour, des prêts de véhicules et un aménagement léger, mais pratique, je pus entamer sereinement la saison de Noël.
Les derniers kilomètre de 2023
Avec Elodie (la vendeuse de fondants parfumés), on s’y était pris un peu tard, mais on avait trouvé des marchés de Noël pour tous nos week-ends de décembre, et même quelques-uns en novembre. On a charbonné, on a fait des marchés dans des maisons de retraite, dans un lycée, on s’est déplacé dans les Pyrénées-Orientales pendant plusieurs jours, on est même allé jusqu’à Toulouse.
Parfois je vendais très peu, parfois je rentrais à peine dans mes frais, et d’autres fois, plus rare, je vendais beaucoup. Très souvent se répétait la même scène qu’au premier marché d’été, à Port-la-Nouvelle ; je tendais un marque-page et on le refusait.
D’accord, ce n’était pas un vrai cadeau. Il me permettait de casser la glace, de me signaler, car bien souvent, avec mon petit stand, peu de gens me remarquaient.
Je ne comprenais pas ces refus.
L’année 2023 s’est clôturée en demi-teinte ; je n’avais pas atteint mes objectifs de vente, en tout, j’avais vendu moins de 1000 exemplaires de mon livre (j’espérais plus du double), et je prenais pleinement conscience de la difficulté du commerce.
Mais ces résultats, bien qu’inférieurs à ce que j’espérais, me permettaient de vivre (petitement) de ma plume. Aussi, depuis le mois de septembre, j’avais repris l’écriture du roman dont je venais de terminer le chapitre 25.
L’année 2023 avait été chargée, et l’année 2024 en promettait autant.
Je sentais qu’il allait se passer quelque chose, qu’il allait y avoir du mouvement.
Je ne me suis pas trompé.
Je vous raconterai;)
À bientôt pour la suite !


















