Et si mon « là » avait été accordé au chant des cigales ? À la symphonie des vagues ? À la mélodie du vent dans les tamarins ? C’est peut-être dans les paysages de notre enfance que résonnent nos mélodies intérieures ?
Questions pour philosophes mélomanes.
Une chose est sûre, en ce début d’année 2023, respirer l’air du sud me semblait une bonne idée. Il y avait du soleil à la clef et la promesse d’un nouveau rythme, avec plus de marchés et plus de ventes.
Mais d’abord, je devais trouver un logement.
Sommaire
Faire bonne mesure (devant les propriétaires)
On est parti très tôt le matin, ma mère et moi, en direction de Narbonne. L’appartement était grand, lumineux, proche du centre-ville et dans mon budget. Je m’y voyais déjà. J’avais la place pour installer un grand bureau et stocker mes livres. Il était au premier étage d’un vieil immeuble, donc je devrai monter tout mon stock de livres par les escaliers, mais ce n’était pas grave, un peu d’activité physique ne fait pas de mal. Tout était parfait.
Trop parfait.
Après deux heures et demie de route, la propriétaire nous appela.
L’appartement était loué.
Nous arrivions à Béziers, alors nous avons quand même poursuivi notre route, histoire de visiter la ville et quelques agences, d’espérer la bonne rencontre, de tomber sur une annonce impromptue, écrite sur un panneau, au coin d’une rue.
Pour cette tentative, comme pour les suivantes, la chance ne fut pas avec nous ; à deux reprises le même scénario se joua. D’abord pour une maison à La Palme, puis pour un autre appartement à Narbonne. Mais ces fois-ci, nous avons eu de la chance, les propriétaires nous ont contactés soit avant que nous prenions la route, soit seulement quelques minutes après notre départ.
Et puis, il y avait la question du dossier.
Je n’avais pas de CDI, je n’étais même pas salarié. J’étais artiste-auteur, un indépendant, c’est-à-dire relevant du régime de l’entreprise individuelle, mon chiffre d’affaires était ridicule, et mon bénéfice encore plus. Ce qui, pour moi, relevait de l’exploit (vendre près de 800 livres en moins d’un an, qui plus est un recueil de nouvelles) impressionnait très peu les propriétaires, et encore moins les agences. On me demandait un CDI, un salaire équivalant à trois fois le montant du loyer, ou bien une entreprise ayant deux ans d’activité, et des bénéfices équivalant, là encore, à trois fois le montant du loyer.
Les garants n’étaient d’aucune importance, fusse Elon Musk en personne.
« C’est à cause des assurances, m’expliqua-t-on, sans ces conditions, elles refusent les dossiers. »
Un autre jour de déroute, alors que nous marchions, las, dans les rues de Port-la-Nouvelle. Ma mère me désigna une agence.
– Tu as regardé chez eux ?
– Non, ils ne font que de la vente. Et puis, avec leur assurance à la c**, c’est pas la peine d’aller chez les agences.
– C’est pas grave on peut quand même leur demander s’ils ont quelque chose.
– Mais pourquoi veux-tu leur demander puisqu’ils ne font pas de location, et qu’en plus ils n’accepteront jamais mon dossier ?
– C’est pas grave, on ne sait jamais.
Un des appartements en vente était aussi proposé à la location. L’agence ne s’occupait pas du dossier, seulement des visites.
J’ai emménagé le 15 avril 2023.
Clef de Sol (y fiesta)
Les clefs en poche, je me réjouissais déjà. L’appartement, un deux-pièces d’environ 40 m², était situé au rez-de-chaussée, ce qui était très pratique pour emménager, mais aussi pour charger et décharger le matériel de marché (assez lourd et encombrant). Comme l’appartement était littéralement situé à deux rues du marché, je n’avais pas besoin de me lever tôt pour y participer. Je pouvais garer un vélo dans une petite cour privative. À l’intérieur, l’espace était suffisant pour installer un grand bureau et stocker mes livres.
Quelque temps après mon emménagement, je commandai mille exemplaires de mon recueil de nouvelles.
Mais ce n’est pas tout.
Après plus de dix ans passés loin du littoral audois, Angoulême, Saint-Denis, Toulon, Stains, Paris, Balsac… je m’installai au soleil, non loin du village où j’avais grandi, et je retrouvai les amis des marchés rencontrés durant l’été. Ce déménagement marquait le retour d’une vie sociale, plus ou moins abandonnée depuis mon départ de Paris.
Le froid de l’hiver appartenait aux souvenirs, une nouvelle partition se préparait, un mouvement plein d’énergie, avec tambour et cymbales !
Je pouvais randonner à vélo dans la garrigue, le long du canal de la Robine, rejoindre Gruissan, Narbonne, crapahuter sur la falaise de Leucate, me balader les pieds nus sur le sable chaud puis me baigner dans la Méditerranée.
Que de promesses !
Sur le papier…
En réalité, de toute l’année 2023, je ne me suis baigné qu’une seule fois. Le soleil et la fête n’étaient pas au programme. À ce moment-là, j’avais un objectif, une mission : vendre mes livres, vivre de ma plume (et non pas survivre, comme ce fut le cas en hiver).
Piano piano
L’été s’annonçait radieux. Cette fois je pouvais mettre les bouchées doubles et participer à un maximum de marchés. Je n’avais plus les contraintes de l’année passée. Je dormais dans un vrai lit, j’avais de la place pour stocker mes livres et transporter un stand plus important. Alors j’ai voulu jouer à l’entrepreneur.
Pour augmenter mon chiffre d’affaires, je décidai de vendre des produits dérivés. Ainsi, je fis imprimer des blocs-notes reprenant la couverture du recueil. Je proposai également des plumes, semblables à celle avec laquelle je dédicaçais mon livre.
Je changeai également la décoration du stand, ajoutai une caisse à pommes et une nappe en toile de jute, censées donner un aspect plus rustique, et éviter qu’on me confonde avec un témoin de Jéhovha (ce qui arrivait encore fréquemment).
Pour cette saison 2023, je pensais casser la baraque, m’envoler, transformer l’essai inscrit l’année passée. Les marchés du printemps s’étaient bien déroulés, j’avais commencé à proposer mon livre dans de nouveaux villages (Gruissan, Port-la-Nouvelle), et j’avais été bien accueilli. Avec mon petit stand, les placiers me trouvaient toujours une place (sauf une fois, à Narbonne, mais l’attribution s’y fait au tirage au sort). J’avais mis toutes les chances de mon côté, j’étais prêt, il ne restait plus qu’à attendre la saison.
Contrepoint
Le mois de juin a montré le bout de son nez. Les premiers touristes commençaient à bronzer sur la plage, et lors du premier marché estival, le jeudi 15 juin, à Port-la-Nouvelle, les vacanciers marchaient devant mon stand sans me prêter la moindre attention.
Je tendais des marque-pages.
On les refusait.
J’avais tout préparé, sauf ce genre de réaction.
À la fin du marché, je rentrais bredouille, sans avoir vendu un seul livre.
La saison allait-elle être à l’image de ce premier marché ?
Je vous raconterai.
À bientôt !

















